Tunis and Aga Khan award 2011

Publié dans 02_Postcards

The protection of old buildings is a growing activity in Tunisia, at first the interest was focused on historical monuments highlighted by their symbolic value. Then the interest shifted to the ancient medina, to preserve historical urban fabrics.

In the last two decades, the heritage protection enlarged its focus including also the 19th-20th centuries’ inheritance. Some real transformations are taking place in the hearth of Tunis; including the reconfiguration of some major sites: the new City Hall at the Kasbah, the renovation projects in the walled city, the restoration of the central boulevard Bouguiba and, of course, the implementation of the large district at the lake borders. During the last twenty years, the town policy makers in charge of Tunis became aware of the needs of dialogue among different elements of towns (ancient, modern and contemporary ones) in order to answer to the ambitions of a “first city” and to the international competition. Therefore, the will was to stop the degradation of the historical town which was malfunctioning and devaluating due to the aging of the architectural and facilities inheritance, the population decreasing and the inappropriate economical activities. The recovery process of theville nouvelle (the new city) had two main remarkable points: the “embellissement” project of the central axe (Avenue(s) de France and Bouguiba) and the rehabilitation of the Central Market. ASM was in charge of both projects, including the supervision of traffic and parking issues, a crucial matter for this central district. The “Hyper Centre Embellissement Project” focused to:

  • The rethinking of involved squares and circus
  • Provide wider sidewalks for strollers and external areas for cafes and restaurants
  • Make available new paving for pedestrian areas, replacement of street furniture and installation of new lighting facilities
  • The rehabilitation of the buildings on the avenue, according to a unitary process attentive to the global heritage value.

The rehabilitation of the Central Market included the decision to maintain this function inside the historical perimeter. It included a general recuperation of the old fabric, the installation of a new cover for open spaces, and the implementation of the commercial function. All these activities are part of an urban revitalization project that is in progress since the end of the 1990s; it restructured the public spaces around the main axis of the new city, rehabilitated some residential buildings and restored some monuments. The global project implemented by the ASM association awarded the Aga Khan Award for Architecture 2010. 

 

L’attention portée au patrimoine architecturale et urbain tunisien c’est sensiblement élargie dans les dernières décennies, l’intérêt était au début porté sur les monuments historiques et on s’attachait avant tout aux valeurs historique et symbolique « extraordinaires » des édifices anciens. Puis le souci s’est déplacé vers l’urbanisme des centres anciens, en l’occurrence les médinas, lorsqu’il s’agit de conserver des ensembles de moindre qualité architecturale, mais dont la disparition entrainerait dans le tissu urbain un désordre difficilement réparable et une perte irremplaçable. Ensuite, le champ de l’attention et de la protection s’est vu s’élargir sur la ville « moderne », celle qui date de ces deux derniers siècles.La sauvegarde du noyau centrale de la ville, la médina, ne peut être conçue hors d’une démarche de planification de l’espace urbain dans lequel elle s’inscrit : la relation « ville ancienne - ville nouvelle » mérite d’être évaluée pour explorer les possibilités d’intégration et les mettre en valeur dans un cadre urbain complexe mais unitaire. C’est ainsi que l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis (ASM) - qui milite depuis sa création en 1967 pour la protection et la mise en valeur de la ville historique, inscrite dans la liste Unesco du patrimoine mondial depuis 1979 - a réussi à lui éviter la marginalisation qui aurait pu résulter d’un isolement par rapport à la ville nouvelle adjacente regroupant les premiers quartiers historiques extramuros parsemés de chefs d’œuvre des architectures des 19éme et 20éme siècles.  Elle s’est employée depuis 1990, à sensibiliser à la nécessité, et à l’urgence, d’étendre les efforts de sauvegarde et de protection mis en œuvres dans la médina à la ville nouvelle qui est dotée d’un patrimoine récent de grand intérêt. Cette approche a porté à la réalisation de plusieurs actions de protection dont la plus importante est certainement la requalification de l’avenue Habib Bourguiba, projet municipal qui a consisté en un réaménagement plutôt audacieux du principal espace public du centre de Tunis. Ce projet, pour lequel l’ASM a effectué les études et le plan d’aménagement, avait pour ambition d’améliorer la qualité de vie quotidienne, de préserver l’environnement, de sauvegarder des bâtiments à intérêt architectural et historique et de revaloriser, ainsi, le centre-ville. Comme une bonne partie de villes méditerranéennes, Tunis est le produit d’une longue stratification historique, elle porte les traces de ses conquérants : phéniciens, romains, arabes, almohades, hafsides, espagnols, ottomans ou français. La lecture de la structure urbaine rend compte et témoigne des civilisations qui l’ont traversée. Le plus récent de ces témoignages, dont les traces des empreintes marquent très fortement la ville, est celui du protectorat français (1881-1956) qui a marqué une partie des 19éme et 20éme siècles. Au bout d’un siècle de transformations urbaines au cours duquel Tunis a opéré son expansion sur prés de 15.000 hectares la capacité de son centre à polariser les activités s’est atténuée. L’extension de la ville de la médina à la ville nouvelle avait constitué un fait urbain majeur pour Tunis à la fin du 19éme siècle, tout comme l’est actuellement la conquête des berges du Lac. En effet une véritable mutation est en train de s’opérer au cœur de Tunis dont les marques architecturales majeures sont le nouvel Hôtel de Ville à la Kasbah, les opérations de réhabilitation / rénovation et de restauration de la médina, le projet d’embellissement et de restructuration des avenues de France et Habib Bourguiba et, bien évidemment, l’aménagement du quartier Berges du Lac. La croissance accélérée de la ville durant les premières décennies après l’indépendance, a fait que la préoccupation publique s’est concentrée sur l’aménagement des nouvelles extensions en périphérie pour faire face aux besoins d’habitat, sur le réaménagement et l’équipement des quartiers spontanés, sur la réhabilitation des quartiers insalubres et l’éradication des gourbis, des taudis insalubres et de l’habitat sur densifié et menaçant ruine dans la médina. C’est à la fin du 20ème et à l’aube du 21ème siècle, que les décideurs et les aménageurs en charge de la ville prirent conscience de la nécessité de développer une réflexion cohérente sur le devenir de la Capitale qui on voulait à la hauteur de ses ambitions de première ville du pays. Afin d’aboutir à une vision prospective de l’avenir et à des propositions d’interventions opérationnelles, la démarche de la ville de Tunis s’était de lancer un diagnostic global de l’ensemble de la Commune. Ce diagnostic a permis de constater que cette dernière n’a pas échappé aux typiques phénomènes de vieillissement et de dysfonctionnement qui affligent un large nombre de villes, malgré les nombreuses réalisations qui ont contribué à améliorer les conditions de vie des habitants et à valoriser l’image de la capitale. Elle a continué à vivre de transformations urbaines considérables avec des grandes opérations d’urbanisme décidées au niveau de l’État, du développement de l’habitat spontané, des transformations d’usage à la périphérie et, enfin, d’une dégradation progressive des quartiers historiques du centre ville : la médina et la ville des 19éme et 20éme siècles. Ces phénomènes de vieillissement et de dysfonctionnement du centre ville sont apparus sous l’effet conjugué : - de la dévalorisation du centre due au vieillissement du patrimoine immobilier et à son délabrement par manque d’entretien. Cette tendance est aggravée par une législation en la matière non motivante car le blocage des loyers et le maintien des locataires ont, bien évidemment, un rôle social très important mais sont des leviers pour l’abandon des investissements dans ces bâtiments. - de la tertiairisation poussée et anarchique du centre entrainant son dépeuplement par chasse d’habitat résidentiel. - du maintien d’activités désormais incompatibles avec les fonctions du centre ville, entrainant des nuisances et une faible densité d’occupation : industries, dépôts, ateliers de réparation… - des difficultés de circulation et de stationnement, engendrant une désaffectation de la clientèle à haut pouvoir d’achat et enfin, - du vieillissement général de la trame urbaine et des réseaux viaires, devenus inadaptés aux besoins actuels Tous ces dysfonctionnements et ces phénomènes de dégradation nécessitent l’identification et la mise en œuvre d’actions à court, moyen et long terme pour éviter la marginalisation du centre ville, cœur de Tunis avec ses deux tissus urbains historiques liés l’un à l’autre, et pour lui redonner son rôle de vitrine de la Tunisie. Le projet d’avenir que l’on entendait développer pour Tunis se préoccupait, autant de l’extension de la ville que de son évolution, de sa requalification et sa dynamisation moyennant différentes interventions sur des espaces déjà urbanisés. Le contexte est, également, marqué par la prise de conscience chez la bourgeoisie locale, les décideurs et les aménageurs en charge de la ville, de la nécessité d’élargir la notion du patrimoine qui s’est traduite au niveau législatif par la promulgation de la loi n° 94-35 du 24 février 1994 relative au Code du Patrimoine où il est indiqué, à l’Art. 3, que : "Sont considérés comme ensembles historiques et traditionnels les biens immeubles, construits ou non, isolés ou reliés, tels que les villes, villages et quartiers qui, en raison de leur architecture, de leur unicité et de leur harmonie ou de leur intégration dans leur environnement, ont une valeur nationale ou universelle, quant à leur aspect historique, esthétique, artistique ou traditionnel". Dans cette même loi, le Code du Patrimoine a institué le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur ainsi que les secteurs sauvegardés, et a marqué une conscience patrimoniale qui s’est confirmée peu à peu à travers le temps et les événements. Lorsque, dans les années 1980, grâce en partie aux actions de sensibilisation menées par l’ASM, la valeur patrimoniale des médinas et de l’architecture traditionnelle n’a plus été contestée et que la préoccupation de leur sauvegarde a été partagée par une bonne partie de l’opinion publique, l’intérêt des architectures des 19éme et 20éme siècles n’était encore perçu que par quelques spécialistes. A cette époque, pour la majorité de la population, l’architecture des 19éme et 20éme siècles ne faisait pas partie du patrimoine tunisien. À la fin des années 1980, un projet de rénovation urbaine en plein centre ville aurait du remplacer le Théâtre Municipal, un édifice Art Nouveau de 1902 construit sur l’avenue Bourguiba, ainsi que le Tunisia Palace et le Palmarium (un ensemble touristique et ludique adjacent le théâtre), par une tour d’hôtel de 160 mètres d’hauteur, avait provoqué des remous dans l’opinion publique qui ont conduit à la révision du projet et à la sauvegarde du théâtre.  Ce n’est qu’en 1988, probablement suite à cet « affaire » du théâtre que l’État tunisien remet en vigueur la procédure de classement des monuments historiques, tombée en désuétude depuis l’indépendance. C’est ainsi que dans les années 1990, on peut remarquer un gain d’intérêt pour le patrimoine de la période 1800-1950, intérêt explicité par le classement en tant que Monuments historiques de la Recette principale (ex-Hôtel des PTT de la rue Charles de Gaulle) et du Théâtre Municipal en octobre 1992, ainsi que de l’ex-Tribunal administratif et de la Trésorerie générale en janvier 2001. Des arrêtés de protection ont concerné d’autres immeubles de la même époque. Cette remise en vigueur couplé par le Code du patrimoine, permet d’étendre désormais le champ du patrimoine jusqu’à l’époque contemporaine après avoir été confiné, sous le Protectorat, aux "antiquités antérieures à la conquête arabe" et après avoir été étendu uniquement à l’architecture tunisienne traditionnelle après l’Indépendance et jusqu’aux années quatre vingt. Il est à noter que un considérable nombre immeubles des 19éme et 20éme siècles sont bien compris dans l’enceinte de la médina et, par leur localisation, bénéficient déjà de la même sollicitude de sauvegarde et de protection que le reste du tissu traditionnel. Ponctuellement, dans la médina de Tunis, on est en présence de bâtiments construits depuis 1860 dans un style et une typologie différents de ceux connus jusque-là. Ils renvoyant à des styles italianisant, à la dite « Arabisance », à l’Art Déco ou même parfois à l’éclectisme néo-classique sans que cela ne nuise à l’harmonie du quartier. Cet héritage récent est désormais considéré sur le même pied d’égalité que celui des 16ème, 17ème ou 18ème siècles et le règlement d’urbanisme spécifique à la médina élaboré et utilisé par l’ASM pour gérer la vieille ville, s’emploie à assurer la sauvegarde de ces architectures, au même titre que le reste du tissu historique. C’est ainsi que des édifices dans les dernières décennies du 20ème siècle ont été restaurés et réaffectés à de nouvelles fonctions : • Le palais Saheb Ettabâa à Halfaouine, converti en un centre culturel. • Le palais Khaznadar à Halfaouine, converti en le Siège du Théâtre National • Le palais Kheïreddine, à la rue du Tribunal converti en une galerie d’art contemporain. • La façade du Secrétariat Général du Gouvernement à la Kasbah. • Les façades d’un immeuble de style éclectique « Beaux-arts » à la rue Sidi Ibrahim Riahi, de l’Ecole Israélite à la rue du Tribunal et d’une série de façades italianisantes à la rue Sidi Ben Arous, opérations réalisées dans le cadre du Projet d’Embellissement d’un parcours urbain de la Médina. Considérant l’importance du patrimoine récent, localisé même en dehors de ces murailles, l’ASM a toujours plaidé pour la nécessité et l’urgence de le protéger en tant que premier ensemble historique implanté sur ses abords, jugés indispensables à sa profondeur historique. Le devenir de la médina étant intimement lié à celui de la ville basse du 19éme et 20éme siècles implantée à ses portes et devenue le véritable cœur de la capitale, le centre ville récent qui constitue son environnement immédiat, doit bénéficier de la même sollicitude que la vieille ville historique. L’ASM a ainsi entrepris, pour le compte de diverses institutions publiques, la restauration de certains édifices en dehors de son périmètre premier d’action : • Le Casino de Hammam-Lif en 1992, • L’ancien Cercle Maltais de la rue de Grèce, restauré et reconverti en 1996 en siège de la Troupe Municipale de Théâtre. • L’ex-Tribunal Administratif, à l’origine une banque franco-algérienne à la rue de Rome, restauré par l’ASM en 1999 pour le compte du gouvernorat de Tunis. • Une villa de l’avenue de la Liberté qui avait abrité le premier siège du Conseil Constitutionnel, restaurée en 2000. • Le Dar Zarrouk à la Manouba, palais de villégiature restauré et reconverti en siège du Gouvernorat en 2000. Mais le processus de sauvegarde et de valorisation des quartiers anciens de la ville a eu deux points remarquables, significatifs et incontournables : le projet d’embellissement des avenues de France et Bourguiba, qui a intégré la restauration de quelques bâtisses monumentales, et le réaménagement du Marché Centrale, action architecturale avec répercussions territoriales et sociales non négligeables. Le projet d’embellissement de l’axe principal de Tunis La municipalité de Tunis a confié en 2000 à l’ASM l’étude pour l’embellissement de l’axe le plus important de la ville neuve (ou ville basse ou européenne), constitué par l’avenue de France et l’avenue Habib Bourguiba, dans un contexte marqué par la montée de l’intérêt aux questions urbaines et environnementales, le souci d’éviter la marginalisation du cœur de Tunis (Médina et Bâb B’har) et de lui redonner son rôle de centre ville. Trois actions prioritaires avaient initialisés le projet et avaient permis à la ville de sauvegarder son patrimoine, de préserver son environnement et d’amorcer une reconquête du centre ville : A - l’embellissement de l’hyper-centre avec des actions intéressant les constructions et le traitement des espaces publics en rapport avec le renforcement de fonctions nobles et prestigieuses qui conviennent au centre. B - la réhabilitation et la restauration des monuments publics et des immeubles insalubres C - l’amélioration de la circulation et du stationnement. Le nouveau projet est une opération pilote pour l’hyper-centre caractérisé par son axe central qui parte de la place de la Victoire pour finir à la place du 7 novembre 1987 passant par l’avenue de France, la place de l’Indépendance et l’avenue Habib Bourguiba. Conçu sur le modèle d’un mini plan de sauvegarde, le projet a permis : - de repenser les places ponctuant ce trajet - d’offrir des trottoirs plus larges aux flâneurs et pouvant en même temps accueillir des terrasses des cafés et de restaurants - de refaire les dallages du terre-plein de la promenade centrale et des nouveaux trottoirs - de remplacer le mobilier urbain dégradé - de reprendre l’éclairage public sur le modèle des candélabres mis en place en face du Théâtre Municipal - d’embellir les façades selon un processus unitaire attentif à la valeur patrimoniale de l’ensemble. Des cahiers des charges détaillant les nouvelles prescriptions pour les auvents, les enseignes et les kiosques à journaux ont été élaborés et a été réalisée une liste des immeubles susceptibles d’être classés. Les façades des immeubles et les aménagements intérieurs des commerces ont été sont repris par leurs propriétaires suivant des normes assez strictes. - de restaurer et de réhabiliter des édifices et des immeubles d’habitation insalubres de l’avenue Bourguiba. Ce projet a stimulé la renaissance du centre ville, sa réconciliation avec les habitants de la capitale. Il avait pour ambition d’améliorer la qualité de la vie quotidienne et de reconquérir les espaces centraux qui étaient en partie sous-utilisés et de renforcer le prestige de la ville. La réhabilitation : Le diagnostic établi pour ces immeubles a révélé l’état de dégradation des balcons, des escaliers et des terrasses. Ont été également constaté le décollement de l’enduit des murs des façades, le vieillissement de la menuiserie et des réseaux divers des évacuations des eaux. Les travaux de remise en état des immeubles ont consisté en : • la reprise totale à l’identique des balcons, des corbeaux, des moulures, des corniches, des détails architectoniques et de la menuiserie des façades. • la consolidation des terrasses • la consolidation ou la réfection totale des escaliers • la reprise des divers réseaux d’évacuation. Les restaurations ponctuelles les plus significatives : Restauration de la façade du Cinéma Le Palace : Dans ce cadre l’ex-Politeama Rossini théâtre italien, aujourd’hui le cinéma Palace, œuvre de l’architecte Baron, qui avait perdu depuis les années cinquante le couronnement majestueux de la partie centrale de sa façade principale, a été restauré. La restauration de ce théâtre s’est intéressée spécialement à sa façade et a consisté essentiellement à la reconstruction du couronnement haut de cinq mètres ainsi que la reprise à l’identique des moulures et des médaillons et ce à partir des documents d’archives. Restauration du Théâtre Municipal : Un autre projet de restauration réalisé par l’ASM dans le cadre de ce projet, il s’agit du Théâtre Municipal de Tunis, œuvre de l’architecte Jean Emile Resplandy, ouvert au public en novembre 1902. Classé Monument Historique National en 1992, son état touché par la dégradation et le vieillissement, a nécessité une intervention de restauration et de mise à niveau. C’est dans ce cadre que la Municipalité de Tunis avait initié, avec le concours de l’ASM, un projet intéressant aussi bien l’intérieur que l’extérieur du bâtiment par une grande opération de consolidation et de réhabilitation des structures, de ravalement des façades, de restitution et de restauration des différents éléments de décor des espaces intérieurs ainsi que la rénovation des fauteuils et de la tapisserie de la salle de spectacle.  Réhabilitation et réaménagement du Marché Central : Une autre opération d’envergure a été réalisée concernant la réhabilitation et le réaménagement du Marché central de Tunis. Ce marché ou « Fondouk El Ghalla », crée depuis 1891 constitue l’ilot situé entre les rues Charles de Gaulle, d’Espagne, de Danemark et d’Allemagne. La mise en valeur du Marché central incita à penser une opération d’intégration urbaine valorisant l’interface entre la médina et la ville basse, zone qui présente aujourd’hui des problèmes de dégradation (rue Al Jazira, rue Mongi Slim…) mais qui représente aussi une valeur patrimoniale très élevée grâce à ses dimensions urbaine, historique, sociale et économique. Considéré par les habitants de la ville comme le premier marché de Tunis, dont l’urbanité et les qualités commerciales continuent à être appréciées, le projet de réhabilitation du Marché Central a impliqué l’adoption d’un parti architectural à la fois audacieux et rationnel : un aménagement intérieur plus fonctionnel, optimisant l’utilisation de l’espace et re-organisant les flux, une reprise des façades et une mise aux normes de tous équipements. Cette opération apporte les éléments essentiels à sa modernisation. Le marché est constitué de quatre zones principales correspondant à des fonctions différentes: - la galerie marchande périphérique essentiellement constituée de boutiques - la halle aux poissons. - la surface de vente des fruits et légumes qui occupe la halle centrale maçonnée, les deux charpentes en bois et les aires résiduelles de l’espace intérieur - la zone technique des équipements collectifs Il couvre une superficie d’environ 12.000 m². Vu son caractère patrimonial, la réhabilitation a proposé la mise à niveau systématique de l’ensemble de l’ilot : • L’embellissement des façades extérieures • La réhabilitation et le réaménagement de halle aux poissons, la restructuration des locaux techniques avait permis un étalement de cette activité sur la totalité de la halle • La réhabilitation des galeries commerçantes en assemblant les différentes activités. • La restauration des deux pavillons en charpente en bois • La réhabilitation de la halle centrale. • Le remplacement de la couverture métallique par une structure translucide • La réfection des VRD (voiries & réseaux divers) • La mise à niveau des équipements. L’ensemble de ces activités fait partie d’un projet de Revitalisation Urbaine qui est mené depuis plusieurs années par l’ASM, il a restructuré les espaces publics autour de l’axe principale de la nouvelle ville tout en réhabilitant les immeubles d’habitation et restaurant les monuments constituant le patrimoine récent de Tunis et il est désormais lauréat du Prix Aga Khan d’Architecture 2010. La Prix Aga Khan est décerné à l’ASM pour la 4ème fois, pour la réalisation des études de ce projet et les travaux de restauration des monuments clés de la ville des 19ème et 20ème siècles : le Théâtre Municipal, le Marché Central, l’Ex- tribunal Administratif, le cinéma Palace … ; mais aussi pour ses efforts pour la mise en valeur du patrimoine de la Ville de Tunis et son rôle de conseiller auprès des institutions publiques et auprès des privés souhaitant entreprendre des travaux de conservation, toujours avec le souci d’assurer la qualité et la promotion du patrimoine. Le partenariat développé entre la Commune de Tunis et l’ASM est à souligner pour la réussite de tels projets. Citation du Jury : « La revitalisation du patrimoine architectural de la fin du XIXe et début du XXe siècle dans le quartier de Bâb B’Har, dans l’hypercentre de Tunis, représente une contribution et une source d’inspiration importantes pour la compréhension de l’histoire récente du monde islamique et de l’héritage culturel de l’époque coloniale. La réussite de l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis (ASM) réside dans la préservation des bâtiments emblématiques et des façades de l’époque, bien souvent négligés et détruits dans d’autres villes musulmanes, et de les utiliser comme catalyseurs pour un programme de régénération économique ambitieux et varié. Outre la création d’un quartier vivant et prospère, le projet a également encouragé une meilleure compréhension, beaucoup plus nuancée, de l’histoire récente de la Tunisie, sans pour autant dissimuler la nature du colonialisme. La méthode utilisée par l’ASM, une organisation disposant de moyens modestes mais passionnément engagée, pour transférer au projet de revitalisation de l’hypercentre la connaissance technique acquise précédemment lors de la conservation de l’ancienne médina est impressionnante. La communauté locale a été consultée tout au long de la procédure pour garantir que les commerces existants bénéficient de la régénération et assurer la durabilité du processus. Ces objectifs se reflétaient dans le financement novateur du projet et à travers la formation d’artisans locaux pour entreprendre les travaux de restauration. Sous l’ère coloniale, de nombreux pays musulmans étaient au cœur de l’expérimentation moderniste, souvent initiée par de jeunes architectes européens aux idées radicales. La sensibilité et l’ambition du projet de revitalisation de l’hypercentre de Tunis montrent comment ces mêmes pays musulmans sont désormais en mesure de jouer un rôle tout aussi novateur et influent dans la conservation de l’héritage moderne.» Faïka Béjaoui.